Pause-toi

Je pousse le portillon de métal. Passy. Immeubles bourgeois derrière lesquels la Tour Eiffel se dresse fièrement. Je descends la rue d’un pas rapide, un œil sur l’heure, j’y serai pile à temps, comme d’habitude.

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Je passe devant des femmes passées d’âge aux jambes frêles, botoxées et le rouge
vermillon sur les lèvres pincées. Placeholder Image

Je tourne une dernière fois, à droite, arrive devant la grande porte, tape le code, et entre dans le petit salon silencieux.

Je me pose dans le fauteuil moelleux, pieds posés sur la moquette, yeux rivés sur son regard, et son nez aquilin, et ses jambes interminables.

A l’instant où je m’assois, tombe la fatigue. Relent incommensurable de lassitude physique et de léthargie. Le corps sait qu’ici, il a le droit de se reposer.

« C’est marrant comme finalement, vous avez toujours été en décalé. Même petite, vous étiez à part. »

« Et vous avez fini par jouer à faire semblant alors, pour rentrer dans la case, pour fondre dans le moule. Comme une moule ».

C’était ça. 16 ans. Une moule qui veut se fondre dans la masse, être dans un groupe. Etre quelqu’un au milieu des Autres.

En cherchant à me trouver, je me suis paumée. Je ne me suis jamais laissée exister.

Epoque des cours de philo interminable, des soirée Malibu-Coca, des soirées où l’on profite un peu trop de l’excuse du verre de trop, pour finir par faire ce que l’on s’interdit en vrai.76c102703f4bf1765ebebe0084f7dbeb

Se désinhiber ? Ou plutôt faire comme ce que les autres espéraient.

Une petite fille qui ne s’était jamais trouvée, jouant la femme sensuelle et blasée.

Je lui chuchotais, sourire en coin, fatale, que les émotions et les sentiments, ça n’était pas pour moi. Je faisais mine de ne pas voir ses yeux qui suivait mes mains. Je faisais semblant, je ne sais pas pourquoi.

Et puis insidieusement. Cette maladie a glissé en moi. J’ai enfilé l’habit de l’anorexie comme un tissu délicat. Déni total de mettre le pied dans l’engrenage.

C’était il y a 6 ans. C’était il y a bien trop longtemps.

Le cerveau supprime ce dont il ne veut pas se rappeler. J’ai oublié d’apprendre à exister. Je n’ai pas osé devenir celle que j’étais.

Un jour j’espère.

« C’est comme comme si vous deviez vous faire amputer. Vous la portez comme une identité ? ».

Mais comment trouve-on la vraie ?

 

 

 

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