Petite fille abandonnée cherche papa disparu.

Je n’écrirai pas sur moi. Je ne parlerai pas de mon enfance, ni de vécu.

Lorsque l’on est touchée par l’histoire d’une autre, des autres et que l’on comprend un peu, à travers les mots et les chuchotements, que nos peurs sont finalement … semblables. Que l’on sent à travers les regards ces choses non prononcées mais si criantes …

C’est l’histoire d’une jeune femme. De beaucoup de femmes en fait. Une jeune femme qui n’ose pas se lancer dans la vie sans se demander chaque seconde si elle la mérite.

C’est l’histoire d’une jeune femme, qui se détruit depuis des années, à défaut d’avoir reçu un amour illimité, fort, et sécure.

C’est l’histoire d’une jeune femme, qui attend encore son papa. Qui se remplit pour oublier qu’il n’a pas été là, et qui se vide pour la même raison.

Un corps décharné, qui crie, crie, et appelle le regard de l’homme qu’elle attend encore.

La fillette a vu ses parents loin l’un de l’autre, elle a peut-être réconforté sa mère, qui passait ses nuits seule dans le grand lit. Elle a sûrement passé des heures à attendre son père qui rentrait en France trop peu souvent. Ou peut-être qu’il était mort. Ou bien parti sans raison.

Lorsque l’on attend, des années durant, que quelqu’un soit là pour nous bercer, là pour nous regarder faire du vélo sans les petites roues, là pour applaudir à la fin du spectacle de noël, là pour nous frotter le dos lorsque l’on arrive pas à dormir, là pour souffler sur nos doigts quand nous nous brûlons, là pour nous encourager à chanter, crier, danser.

Lorsque l’on espère, en grandissant, que la relation sera plus forte, maintenant qu’il est là, que l’on croit encore que l’on pourra le faire changer, le faire rester, le faire parler de lui, le faire se confier. Que l’on se persuade, en rencontrant un homme, que celui-ci saura apporter le réconfort d’un père qui n’a pas été là … (grande erreur !)

Ou bien lorsque l’on espère, qu’avec le temps, la souffrance passera, que le deuil sera facile, qu’il suffira d’une maman qui aime pour deux.

En fait, les troubles alimentaires viennent malheureusement crier, porter sur soi comme un étendard que l’on a mal dans le cœur.

Je la connais depuis peu, mais elle m’a touchée en plein ventre. A fait échos à mes souffrances, à mes doutes. A fait échos à la petite fille que j’ai en moi, et qui attend, encore d’être aimée et reconnue. Qui espère encore et encore.

En fait, le plus dur est peut-être d’apprendre à pardonner. Pardonner et avoir de la compassion pour ce parent qui nous a fait souffrir, à son insu peut-être. Avoir de la pitié pour l’homme qui n’a pas soigné ses propres blessures et reproduit des mécanismes de défense envers sa propre chair.

Et qui aujourd’hui vit et voit la maigreur de sa fille comme une agression, une comédie. Irrité, qu’il est. Énervé. De ne pas maîtriser, de ne pas comprendre. Il voit son mal-être comme une insulte, incompréhensible et vide de sens. Comment comprendre l’insoutenable ? Voir son propre enfant à qui il croit avoir tout apporté se détruire. Se priver de nourriture. Se remplir de froid et de pâleur. Se murer dans un corps amaigri, criant pourtant « regarde moi comme j’ai mal ». Ou bien sombrer dans la déprime, la solitude. Se gaver à outrance, pratiquer des sports à l’extrême, ne jamais s’arrêter pour souffler, pour oublier le mal qui ronge, et remplir sa vie de toujours plus de « choses ».

Aujourd’hui, il ne comprend pas plus qu’hier. Il n’entend pas les mots, il n’entend pas la maigreur. Ou la boulimie, la dépression et les pleurs. Et ni les cris de la parole, ni les cris d’un corps maigre ne permettront de revenir en arrière et réparer des années « d’absence » sentimentale.

Vous savez ce que c’est, la douleur d’aimer un parent qui ne nourrit pas d’un amour gratuit et illimité. Vous savez, ce parents qui donne et reprend, est tantôt absent, tantôt à moitié présent. Ce père qui paye, paye, paye, offre des cadeaux, offre du confort matériel. 

Mais vous savez, tout l’or du monde peut être des plus glacial s’il n’est pas assorti d’un amour incommensurable.

Aujourd’hui, j’ai envie de chuchoter à l’oreille de toutes les femmes en mal d’amour qu’elles sont déjà aimées de manière illimitée. Que la vie ne se mérite pas. La santé et le plaisir ne sont pas à gagner à coup d’efforts et de privations.

Que la petite fille qui pleure seule dans son lit, qui attend son père ou sa mère, qui espère un jour d’être enfin serrée dans les bras de quelqu’un « pour de vrai » doit sécher ses larmes et arrêter de se faire du mal.

Lorsque toi, petite fille seule, tu culpabilise de te faire plaisir... Demande toi si tu oserais dire à une enfant qu’elle ne mérite pas de vivre. Demandes-toi si tu n’aurais pas envie de lui caresser les cheveux et lui dire que tout va bien, et qu’elle est magnifique.

Si cette petite fille était toi … Alors ose te faire du bien, ose être heureuse et apprends peu à peu à pardonner l’absence, pardonner le silence. Car ni la maigreur, ni ta souffrance, ni toutes tes attitudes pour te faire enfin aimer ne feront changer les autres.

Par contre, la seule chose que l’on puisse changer, c’est soi. Et la plus belle manière d’avancer, est sans doute de passer chaque seconde de sa vie à se demander ce que l’on a vraiment besoin et envie. Rien de plus. A partir de là, comment serait-il possible d’accepter de se faire du mal ?

Au final, être une femme sans avoir grandit sous les yeux d’un père présent est peut-être plus difficile. A quel homme faire confiance lorsque le premier homme de sa vie n’a pas été là ?

Comment oser avancer un pied devant l’autre lorsque personne n’a été là pour nous rattraper ?

Je crois qu’il faut un jour comprendre que s’écorcher les genoux sur les pavés de la vie ne nous rendra que plus forte …

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