Les TCA et la victimisation, une position si "confortable"

Dans la vie, il y a ces personnes qui semblent subir leur quotidien.

Ces personnes souvent accablées par les tracas qui leurs arrivent. Les épaules affaissées, portant le lourd poids de la douleur ou autre souffrance.

Parfois, ces personnes sont incapables d’entendre la moindre critique, même constructive, sans réagir vivement, outrées d’être ainsi remises en question. « Puis que c’est comme cela, je ne vaux rien, de toute manière j’ai toujours tort, cela ne m’étonne pas, je suis une mauvaise fille/mère/père/amie« .

Elles réagissent violemment, blessées par les remarques, comme atteintes au plus profond d’elles-mêmes, comme si la Terre entière était liguée contre elles, pauvre petite chose abandonnée et rejetée.

On connaît tous des proches, collègues, amis, ou connaissances qui sont dans cette position de victime permanente. « Tout m’arrive tout le temps, je n’ai pas de chance ». « Je ne comprends pas pourquoi ces choses m’arrivent en ce moment, je suis à bout, j’aimerai tellement aller bien / être heureuse … »

J’ai grandi avec deux parents diamétralement opposés à ce niveau là, et pourtant, complémentaires (à en croire par les 20 ans de mariage).

D’un côté un père optimiste. Souriant en permanence, à l’écoute, très social, toujours près à rebondir, toujours à répéter que « rien n’arrive par hasard » et que s’il arrive une merdouille, c’est pas grave, c’est qu’il fallait que cela arrive pour que l’on fasse quelque chose de mieux. Que l’on puisse en faire du POSITIF.

Malgré un dépôt de bilan à 54 ans, deux bambins, pas vraiment de toit fixe, plus de boulot, des dettes énormes… Je ne l’ai jamais entendu se plaindre. Pas une seule fois les épaules d’un homme démoralisé. Pas une seule fois le regard à terre.
Il a juste cherché des solutions, à droite, à gauche. Levé la tête, et crée une société qui lui vendait son rêve. Et l’envie de se lever chaque matin comme à ses 18 ans. Puis au bout de dix ans, il avait fait le tour, « alors tient, si je construisais une grande maison pour ma famille, et puis, es gîtes, parce que je suis définitivement un homme aimant le contact .. « 

Ce genre de personne que rien de négatif ne semble atteindre, et qui essaye (presque) toujours de comprendre le pourquoi du comment des critiques qui lui sont faites. Qui n’aime pas faire de vagues, ni se fâcher. Je ne l’ai d’ailleurs jamais vu lever la voix contre quelqu’un. Jamais hausser le ton  Plus tranquille, tu meurs. Un tsunami ne l’empêcherait pas de marcher tranquillement pour trouver « une solution ».
Et oui, la théorie c’est « si il n’y a pas de solution, alors c’est qu’il n’y a pas de problème ». 
Peace & Love.

A côté, ma mère. Délaissée dès son plus jeune âge par sa mère, qui venait de perdre son mari. Une fillette sans père, et rejetée par une mère narcissique et vraisemblablement trop préoccupée par elle-même pour avoir assez d’attention à accorder à ses enfants. Baladée entre les tantes et les cousins pour être élevée tant bien que mal.
Récupérée plus tard par ses grands-parents, pendant que sa mère travaillait à Paris, gardant près d’elle le frère cadet adoré (Copie-conforme du père décédé… CQFD).

Ma mère m’a toujours paru porter une charge gigantesque et pesante sur son dos. Les épaules souvent tombantes, la mine soucieuse d’être « une bonne mère », qui fait de « bons plats », qui tient « parfaitement sa maison ». Une tendance à voir le noir, alors que mon père arrivait à voir rose-bonbon partout.
Même lorsque l’on avait plus un sou.
Même quand on s’est douché plusieurs semaines, l’été avec tuyau d’arrosage dehors, devant la construction qui se faisait à vitesse de fourmi (et surtout avec la sueur des mains d’un homme de 60 ans…)
Même lorsque tout allait relativement bien. Pas de guerre ou de maladie grave, mais deux enfants en « pleine » santé, et une vie à la campagne …

Vous vous demandez mais « où est le rapport avec la fille qui bavarde là, qui souffr(ait)e d’anorexie »?

Et bien j’y arrive. 


J’ai détesté cette position de victime que ma mère portait en permanence.
Je haïssais de ne pas pouvoir expliquer un avis contraire au sien sans que cela tourne en jus de boudin  en dispute au bout de trois minutes, car elle était dans l’incapacité la plus totale d’intégrer, comprendre, écouter l’avis de l’autre sans être « blessée » intérieurement.
Je ne pense pas qu’elle en ait conscience, mais son visage le porte toujours, même lorsqu’elle se force à dire « j’entends, j’écoute ce que tu me dis ». Au fond, je vois que NON, elle n’entend pas du tout être contredite. Et encore moins rejetée.

Alors, je me suis promise d’être une héroïne, forte et courageuse « comme papa ».
NON. Je ne serais pas cette femme soumise par les aléas des imprévus, je serai forte, puissante, dominante, je déciderai, comme bon me semble, et RIEN ne m’atteindra.
NON. Aucun risque de m’approcher, puisque je dominerai chaque situation, chaque relation avec l’Autre, qui ne « rentrera » jamais en moi, pour ne jamais souffrir. Ou presque.

Aujourd’hui, en pleurant chaque semaine sur le fauteuil du psy comme une madeleine, ou bien en subissant les critiques de ma tutrice de stage, je réalise que je porte en moi cette figure de martyr. Je porte la douleur, je porte la tristesse.

Et je me rends compte qu’en ayant voulu être une fille « FORTE » par opposition à la femme que je voyais « subir la vie », j’ai en réalité agi exactement par mimétisme.

Car pour rappel, chercher à faire le contraire, c’est finalement faire exactement la même chose.

Et là, j’en arrive aux personnes souffrant de Troubles du Comportement Alimentaires, qui quelque part, jouissent de cette position de victime.
 
« Regardez comme je suis maigre, comme je souffre ».
« Regardez comme je m’empiffre et suis énorme, je suis tellement malheureuse et mal que je me fais du mal ».

On cherche finalement peut-être à recevoir de l’attention, de la pitié, que l’on confond avec de l’amour.
La peur d’être rejetée, abandonnée et mal-aimée, m’a, je crois été transmis inconsciemment par ma maman, qui, en voulant aimer plus que tout ses enfants, a baladé avec elle les blessures du passé qu’elle n’a jamais fait cicatriser.

Alors même que je ne suis pas « à plaindre », que j’ai été aimée dès ma conception par mes deux parents, que j’ai eu la chance d’être écoutée, de recevoir de l’attention, de grandir dans un cocon d’amour malgré les aléas de la vie . J’ai deux parents en bonne santé, j’ai un petit frère qui devient un homme, j’ai « tout » pour être heureuse.

Et pourtant, la moindre épine lancée contre moi, l’idée même d’être mal estimée par un tiers, ou jugée, ou délaissée par un ami me meurtrie de l’intérieur. Comme un couteau qui lancine mes tripes.

« C’est marrant, vous ne vous rendiez pas compte que vous arborez ce visage de souffrance de façon automatique, très souvent? ».

Et bien, zut, non, je n’avais pas vu.

Car la position de martyr n’est qu’un moyen de rester bien planquée dans sa maladie, l’anorexie, les TCA en général ou bien même les addictions et dépressions en tout genre.

Et inconsciemment, l’idée qu’un symptôme qui « donne à voir » (physiquement !)  nous donne l’illusion que l’on va recevoir de l’attention (et de l’amour) des autres. Alors que non.

Il y aura toujours des gens pour vous détester. Sans raison.
On ne peut pas recevoir d’amour illimité, de présence illimitée.

Mais je crois que si l’on commence à s’aimer soi, de manière illimitée et inconditionnelle, alors on peut, petit à petit, se détacher du regard. Des non-dits. Des blessures qui ne nous appartiennent pas. Et apprendre aussi, peu à peu, à ne plus faire éponge des émotions des autres.

Il y aura toujours des gens qui subiront leur vie au lieu de la vivre.

Il y aura toujours des soldats qui meurent sur le front tels des martyrs, pour la patrie. Pour l’honneur.

Il y aura toujours et encore des filles qui portent des corps maigres comme un étendard levé aux yeux du public. Il y aura toujours et encore des sportifs prêts à étaler leur « détermination » sur les réseaux sociaux ». Il y aura toujours des personnes en dépression et des boulimiques en souffrance.

Sauf que personne ne vous regarde avec attention. Mais avec pitié. Car NON, vous ne dominez rien. NON, vous ne contrôlez rien. Vous n’agissez plus, vous subissez.  

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