Toujours plus, encore plus. Maigrir c’est dans la tête.

Depuis quelques temps, je réalise à quel point la société et l’ensemble des gens s’agitent dans un quotidien effréné. Sans pause. Sans vide. 

Ces gens qui ouvre leur téléphone à peine l’œil ouvert, le cerveau déjà en route à 100 à l’heure, dépliant la journée comme un « programme » à tenir, des « défis » à réaliser, et un nombre de choses à faire, voir, penser, manger, préparer.

Alors qu’ils ouvrent l’œil sur le matin, ils sont déjà dans une demi-heure, se demandant ce qu’ils vont pouvoir manger, « ah oui et tiens, je pourrai le prendre en photo et le partager, puis après, il faut que je fasse du sport, mais d’abord, je dois vérifier mes mails. Oui et réserver les vacances. Après avoir appelé belle-maman, et commandé à emporter pour ce soir, il y a toujours du monde on ne sait jamais…. »

Cette cacophonie mentale n’est autre que le reflet d’un mal bien plus profond. Celui de se contenter du vide d’exister. Juste ça. Pas de mots, d’images, d’activation physique ou mentale, de stimuli externe, de blabla. Juste soi et soi.

Alors, cette angoisse de ne pas FAIRE, on en parle ? Cette angoisse de se retrouver face à ses failles, ses doutes, ses peurs, … Facile, on comble ! On remplit ! Remplis toi la panse de chocolat, à toute vitesse, tu oublieras que tu te sens seule car c’est le week-end et que tu n’as pas ton boulot-hyper-prenant pour t’accaparer la cervelle.

Facile ! On se remplit d’activité physique à outrance, on soulève de la fonte, on se prend en photo dans le miroir, rassérénés par ce muscle qui ressort, là, si-si ! (Bah oui tu comprends, à 8h je sue déjà, faut pas rêver, j’ai un restau ce soir !) (Anticipation, ENCORE).

Et ce moment fatidique où la pression retombe, parce que c’est le week-end, parce que c’est le soir, parce que la tension faiblit un peu … Et patatra, le vide arrive.

Vite, vite. Toujours plus, encore plus. 
 
Le livre que je tiens entre les mains s’appelle « Maigrir c’est dans la tête ». De Gérard Apfeldorfer, psychiatre et psychothérapeute, spécialiste des troubles alimentaires (les connaisseuses de Zermati doivent connaître)

Vous souriez ? Vous pouvez. Bien qu’il parle des gros et personnes en surpoids ou en restriction permanente, je suis persuadée que chacun des ses mots pourrait s’appliquer, de fait, à n’importe qu’elle personne en hyper-contrôle de sa vie, de son poids, de son physique, ou dans l’hyperactivité physique, ou bien dans l’anorexie. 

Oui oui. Pour moi « être trop gros » ou « être trop maigre » ne sont que deux versants d’un même mal-être. Alors voici un extrait, qui m’a particulièrement touchée.

« La gestion du temps pose aussi fréquemment des problèmes. Être désœuvré, se retrouver face à soi-même sont des choses qui paraissent insupportables à certains. Ces personnes luttent contre la sensation de vide qui résulte de l’inaction, soit (lorsqu’elles commencent à fatiguer) par la prise compulsive de nourriture. Cette incapacité à vivre en se contentant d’exister, cette nécessité de toujours et encore s’activer sont sans doute une caractéristique de notre culture occidentale, qui nous fait en quelque sorte voir la vie comme un espace vide qu’il s’agit de remplir. Ne dit-on pas d’ailleurs avoir une vie bien remplie, sans apparemment s’inquiéter de quoi elle est remplie ? Le parallèle avec les prises alimentaires compulsives s’impose : là aussi, on mange, on engloutit sans bien s’inquiéter de ce que l’on dévore. L’essentiel est d’avaler des nourritures, des activités, sans attacher trop d’importance à la nature de ce que l’on ingurgite. »

Hum. Se remplir d’activités, ça vous parle ? 

« Nombre de personnes parviennent à s’imposer une discipline durant la semaine, mais relâchent tout effort le week-end. N’est-ce pas logique, puisque durant la semaine on est astreint à de multiples obligations, et que le week-end est le moment où l’on retrouve sa liberté ? Qui plus est, le week-end est propice aux festivités : on invite ou on est invité, on va au restaurant, toutes situation fort différentes des repas fonctionnels de la semaine. »
« Dans d’autres cas, le week-end correspond plutôt à une période de vide, durant laquelle on se retrouve seul face à soi-même. Les misérables digues construites durant la semaine pour contenir les élans de dévoration sont alors balayées ».
« Il ne sert à rien de mettre des méthodes qui peuvent fonctionner une partie du temps, et qui se trouvent annulées à d’autres moments. augmenter a pression pour craquer ensuite est uns stratégie que vous avec trop longtemps pratiquée. « 

Si je dis compulsions, restrictions, et mésestime de soi, ça vous titille ? 

« Quand vous êtes plongé dans une activité prenante, vous avez l’impression que tout va bien. mais les meilleures choses ont une fin : Vous finissez par vous épuiser et vous cessez de vous activer. Vous ressentez alors une pénible sensation de vide, de néant« 

« Ou bien encore, il peut arriver que vous n’ayez rien à faire. Aucune tâche exaltante ne vous attend à votre travail, ou bien nous sommes dimanche et vous êtes censés vous reposer. Vous ressentez là encore cette impression de vide que vous qualifiez du nom « ‘ennui ». Et cet ennui est si insupportable que vous luttez contre lui en mangeant. Je décris plus loin sous le nom d’hyperempathie ce fonctionnement mental qui consiste, à certains moment, à se centrer sur le monde extérieur, sur les autres, à se donner à fond dans des activités si possibles prenantes, voire dévorantes, et dans le même temps, à s’oublier totalement. On n’a plus faim ni soif, chaud ni froid, on oublie qu’on a un corps, et le temps s’écoule rapidement sans qu’on en ait conscience. On est tout entier engloutit par ce monde qui nous entoure. Lorsque cet état s’arrête, soit sous l’effet de la fatigue, soit parce qu’on ne trouve plus de stimulant autour de soi, on est alors brutalement confronté à son propre néant intérieur … l’intéressant est dehors, rien n’est au dedans.
« Comment échapper à ce système binaire ? L’intérieur doit se mettre à exister davantage, ce qui permet d’être moins dépendant du monde extérieur. « 

Trop gros parce que vous engloutissez pour ne pas ressentir ? Vous vomissez des crises de boulimies pour vider ce remplissage honteux qui vous a fait sentir exister ? Vous courrez sur le tapis de course pour toujours faire plus ? Vous soulever toujours plus de poids sur chaque haltère ? Accumulez les heures de travail ? Encore plus ?

N’hésitez pas à me faire part de ce que vous ressentez. Pensez. Ou m’envoyer un petit message, même comme ça. 

Exister c’est peut être le plus dur. Oui. Mais il me semble que c’est une liberté que trop peu s’octroient. 

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