Confidences


Confidences …
Mon article dévie beaucoup, mais c’est ainsi. 
Il y a environ trois ans, j’ai commencé à réduire ma consommation de viande, qui était déjà minime, malgré une enfance dans une famille où la blanquette du dimanche succédait à l’escalope du samedi et au poulet du vendredi. 
J’appréciais (j’apprécie ?) cependant beaucoup les poissons et fruits de mer. Et le fromage, de chèvre et brebis.
Il y a trois ans, je suis partie de chez ma famille, pour faire mes études. 
Il y a trois ans, j’avais déjà des troubles alimentaires…

Je me battais déjà contre l’anorexie, depuis mes 16 ans, qui allait et venait, sans jamais partir. M’isolant toujours plus dans une solitude permanente. 
Je voulais déjà guérir, mais je gardais le symptôme bien au chaud avec moi. 
Il y a deux ans, je ne mangeais plus du tout de viande. Il y a un an et demi, j’arrêtais le poisson. Il y un an, j’arrêtais également le fromage et autre produit issu des animaux. 
Végétalisme. Ce mot qui ne m’a jamais convenu, parce que les étiquettes et les cases me font peur, peur d’être enfermée, ligotée. 
Je clamais l’écologie, la santé, l’environnement, le bien-être animal, mais surtout une cuisine plus inventive, ouverte sur le monde et les saveurs, naturelle, pleine de bonnes énergie et de vie. 
Croyant presque que cela pouvait me guérir. 
L’anorexie ne m’a jamais quittée, car j’ai longtemps voulu d’elle sur mon dos. Un sac lourd à porter.
Malgré la psychothérapie, qui m’a faite avancer plus loin et plus profondément en moi que jamais je ne l’aurais imaginé, j’ai gardé ce sac, plein de cailloux, sur mon dos amaigri. 
A force de rester à un poids bas, on s’habitue à cette image frêle. A l’abri de trop d’émotions. A l’abri de la vie. 
Cet été, je savais que j’allais démarrer une nouvelle aventure, à Paris, avec enfin des études qui me donneraient des fourmis dans le ventre. Je n’avais toujours pas lâché les cailloux avant de partir. Et le sac, si lourd, m’a entraînée dans une chute rapide, incontrôlable. 
Toucher le fond pour remonter. Je suis allée loin, si loin que j’ai vu deux portes.
La vie, et la mort. 
J’ai compris, enfin, que je n’étais pas invincible. Ni immortelle. Et qu’il existait des limites. Des limites physiques. Ce corps qui avait parcouru des kilomètres dans Paris, le ventre vide. Ce corps en pause depuis mes 16 ans. Ce corps qui attendait, courageux, endurant une souffrance que je ne sentais même plus. 
Déclic. 
Téléphone, clinique. Billets de trains. La rage au ventre en pensant à mon master. Les larmes de culpabilité. De peur. Mais ce déclic. Ma peur de mourir était devenue bien plus supérieure à ma peur de vivre. 
Quand tes jambes ne veulent plus te porter. Quand, à la veille de l’hospitalisation, tu ne peux faire plus de vingt mètres dans une journée. Ni te relever du lit sans souffrir de douleurs incroyables. 
Et enfin, arrivée en sécurité, lâcher-prise immédiat. Je vous fais confiance. Je suis prête. Prête à poser le sac, et oser vivre. Ne plus rien contrôler. Car c’est ce contrôle, ces mécanismes de défense et d’angoisses, ancrés depuis mon enfance, que j’ai décidé de quitter. Et de ne jamais reporter. 
Il semble que le moment que j’attendais tant est arrivé. 
Tant que l’on ne sent pas la volonté profonde et intrinsèque de poser la bouteille sur la table, par soi-même, rien ne changera. 
Aucun soignant, aucun proche, aucun encouragement, aucun médicament, aucun sport ou alimentation, aucune séance de yoga ou de stimuli extérieur ne peut nous aider. 
Aucun conseil, ni fiche méthode, aucun livre de psychothérapie, aucun parent, aucune recette. 
Seule une volonté immense et un courage fou qui ne vient que de soi peut nous permettre d’oser cesser cette folie. 
Seul un amour illimité pour la vie et la redécouverte du respect de soi peut donner le courage de changer les choses. 
Se raccrocher à cela, coûte que coûte, malgré la peur qui tenaille, parfois encore. Malgré le contrôle qui cherche à revenir, chaque seconde, dès que l’on baisse la garde. Un contrôle que l’on ne voit même plus. Des horaires, des réactions, des regards inquiets, le besoin de savoir, à l’avance. Le besoin de sentir que l’on contrôle, comme si cela sécurisait, alors que cela détruit. 

Malgré l’angoisse, se raccrocher au lâcher-prise et à la confiance. Se rassurer. Tout va bien. 



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